Charges du bail commercial : qui paie quoi ? 🧾
31 juillet 2026 · 7 min
Par Antoine Amant, Fondateur d'Almo, 10 ans dans l'immobilier professionnel et le conseil (ex-BureauxLocaux/CoStar)
Dans un bail commercial, le bailleur peut vous refacturer l'entretien courant, les charges communes au prorata de votre surface, la TEOM et la taxe foncière si le bail le prévoit expressément. Restent obligatoirement à sa charge les gros travaux de l'article 606, la vétusté, ses honoraires de gestion des loyers, la CET et les charges des locaux vacants. Depuis la loi Pinel, un inventaire précis et limitatif des charges est obligatoire dans le bail.
🎓 L'essentiel à retenir
- Inventaire obligatoire : Tout bail doit contenir un inventaire précis et limitatif des charges, impôts et travaux, avec leur répartition bailleur/locataire (article L145-40-2 du Code de commerce)
- Interdit au locataire : Gros travaux de l'article 606, vétusté, honoraires de gestion des loyers, CET, charges des locaux vacants : toute clause contraire est réputée non écrite
- Taxe foncière : Refacturable au locataire, mais uniquement si le bail le prévoit expressément dans l'inventaire
- État récapitulatif annuel : Le bailleur transmet le détail des charges au plus tard le 30 septembre de l'année suivante
- Plan travaux triennal : À la signature puis tous les 3 ans : budget prévisionnel des travaux à venir et récapitulatif chiffré des travaux réalisés
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Vous avez négocié votre loyer au centime près, et six mois plus tard tombe un appel de charges que vous n'aviez pas vu venir : ravalement, honoraires de syndic, taxe foncière. Deux locaux au même loyer peuvent coûter plusieurs milliers d'euros d'écart par an, et tout se joue sur une annexe du bail que personne ne lit vraiment.
Ce guide vous explique ce que votre bailleur peut légitimement vous refacturer, ce qui reste obligatoirement à sa charge quoi que dise le bail, et les documents qu'il doit vous transmettre chaque année pour que vous puissiez vérifier.
La fiche technique 📋
| Élément | Ce que dit la règle |
|---|---|
| Texte de référence | Article L145-40-2 du Code de commerce (loi Pinel du 18 juin 2014) |
| Baux concernés | Inventaire obligatoire depuis le 1er septembre 2014, charges interdites depuis le 5 novembre 2014 |
| Inventaire des charges | Obligatoire, précis et limitatif, annexé au bail |
| État récapitulatif annuel | Transmis au plus tard le 30 septembre de l'année suivante |
| Budget travaux prévisionnel | À la signature puis tous les 3 ans, dans les 2 mois de l'échéance triennale |
| Non refacturables | Gros travaux (art. 606), vétusté, honoraires de gestion des loyers, CET, charges d'autres locataires |
| Refacturables si prévues au bail | Taxe foncière, TEOM, entretien courant, réparations locatives, charges communes au prorata |
| Répartition en multi-locataires | Au prorata des surfaces exploitées |
1. Pourquoi la répartition des charges est encadrée 📜
Longtemps, les baux commerciaux ont fonctionné sur un principe simple et un peu brutal : tout ce qui n'était pas interdit était négociable, et beaucoup de bailleurs refacturaient à peu près tout au locataire. Résultat : des commerçants qui découvraient après signature que leur loyer réel dépassait largement le montant affiché.
Bonne nouvelle : depuis la loi Pinel de 2014, ce flou n'est plus permis. L'article L145-40-2 du Code de commerce impose un inventaire précis et limitatif de toutes les charges, impôts, taxes et redevances liés au bail, avec leur répartition entre vous et votre bailleur. Ce qui n'est pas dans l'inventaire ne peut pas vous être réclamé. C'est votre première protection, et elle est solide 🙂
Attention à la date de votre bail
Deux dates coexistent, et la nuance compte si votre bail date de 2014. L'obligation d'inventaire s'applique aux contrats conclus ou renouvelés à compter du 1er septembre 2014. En revanche, la liste des charges qui ne peuvent plus vous être imputées vient du décret du 3 novembre 2014 et ne vaut que pour les baux conclus ou renouvelés à compter du 5 novembre 2014. Un bail signé entre ces deux dates doit donc contenir un inventaire, mais peut encore vous transférer des charges aujourd'hui interdites.
✨ La conviction d'Almo : le loyer affiché sur une annonce ne dit presque rien du coût réel d'un local. Charges, taxe foncière, travaux : c'est la répartition prévue au bail qui fait la différence entre un bon et un mauvais dossier. Un local à 2 000 € avec des charges saines peut coûter moins cher qu'un local à 1 800 € avec un bail mal négocié.
2. Quelles charges peuvent vous être refacturées 💶
Le principe : les dépenses liées à l'usage quotidien du local sont à votre charge. Concrètement, un bail peut légitimement prévoir que vous payez :
- vos consommations d'eau, de gaz et d'électricité ;
- l'entretien courant et les réparations locatives : peintures, revêtements, petite plomberie, entretien des équipements (chauffage, climatisation, sanitaires) ;
- la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) ;
- la taxe foncière, à condition que le bail le prévoie noir sur blanc ;
- votre quote-part des charges communes de l'immeuble (ascenseur, nettoyage des parties communes, espaces verts), calculée au prorata de la surface que vous exploitez.
Ce dernier point est important si le local se trouve dans un ensemble immobilier avec plusieurs locataires : la loi impose que votre quote-part corresponde strictement à la surface que vous occupez et aux parties communes utiles à votre local. Vous ne devez jamais payer pour le voisin.
3. Quelles charges restent obligatoirement au bailleur 🛡️
C'est ici que la loi Pinel protège vraiment le locataire. Certaines dépenses ne peuvent pas vous être imputées, même si une clause du bail le prévoit. Une telle clause serait réputée non écrite, autrement dit sans aucun effet juridique. Restent au bailleur :
- les grosses réparations de l'article 606 et les gros travaux : toiture, murs porteurs, structure du bâtiment ;
- les travaux liés à la vétusté ou à la mise en conformité du local, dès lors qu'ils relèvent de ces grosses réparations ;
- les honoraires de gestion des loyers (la rémunération du gestionnaire de votre bailleur, ce n'est pas à vous de la payer) ;
- les impôts dont le redevable légal est le bailleur, comme la contribution économique territoriale (CET) ;
- les charges, impôts et travaux relatifs à des locaux vacants ou imputables à d'autres locataires de l'immeuble.
Vous vous demandez pourquoi la taxe foncière est refacturable mais pas la CET ? La logique du législateur : la taxe foncière est attachée au local que vous occupez, la CET est attachée à l'activité économique du redevable. La frontière peut sembler subtile, mais elle est claire dans les textes.
Le récapitulatif poste par poste
| Poste de dépense | Qui paie ? | Condition |
|---|---|---|
| Eau, gaz, électricité du local | Locataire | Consommations propres à votre activité |
| Entretien courant, réparations locatives | Locataire | Peinture, revêtements, petite plomberie |
| Taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) | Locataire | Uniquement si une clause expresse le prévoit |
| Taxe foncière | Locataire | Uniquement si une clause expresse le prévoit |
| Charges communes de l'immeuble | Locataire | Au prorata de la surface exploitée |
| Grosses réparations (article 606) | Bailleur | Toujours, clause contraire réputée non écrite |
| Travaux de vétusté et de mise en conformité | Bailleur | Toujours, s'ils relèvent des grosses réparations |
| Honoraires de gestion des loyers | Bailleur | Toujours |
| Contribution économique territoriale (CET) | Bailleur | Toujours, il en est le redevable légal |
| Charges des locaux vacants ou d'autres locataires | Bailleur | Toujours |
4. L'inventaire des charges : que vérifier avant de signer 🔍
Au moment de signer votre bail commercial 3-6-9, l'inventaire des charges mérite autant d'attention que le montant du loyer. Trois réflexes :
Vérifiez que l'inventaire existe
Depuis 2014, un bail sans inventaire des charges n'est pas conforme. Si on vous présente un bail muet sur le sujet, c'est un signal d'alerte sur le sérieux de la rédaction.
Lisez ligne par ligne ce qui vous est imputé
Taxe foncière refacturée ou non ? Assurance de l'immeuble ? Honoraires de syndic ? Chaque ligne se négocie, au même titre que la franchise ou les paliers quand vous cherchez à négocier votre loyer.
Projetez le coût annuel complet
Loyer + charges + taxes refacturées + l'indexation de votre loyer (ILC) : c'est ce total qu'il faut comparer à votre chiffre d'affaires prévisionnel via le taux d'effort, pas le loyer seul.
Pas de panique si tout cela vous semble technique : c'est précisément le rôle des professionnels. Un avocat spécialisé en baux commerciaux ou un spécialiste de l'immobilier commercial repère en quelques minutes une clause de charges déséquilibrée, et son intervention coûte toujours moins cher que dix ans d'un bail mal rédigé 🤝
💡 L'astuce d'Almo : demandez au bailleur les états récapitulatifs de charges des 2 ou 3 dernières années avant de signer. C'est le moyen le plus fiable de connaître le vrai niveau de charges du local, bien plus parlant que la provision annoncée dans l'annonce.
5. L'état récapitulatif annuel et le plan travaux : vos garde-fous dans la durée 📅
L'encadrement ne s'arrête pas à la signature. Pendant toute la vie du bail, le bailleur a deux obligations d'information :
L'état récapitulatif annuel
Chaque année, au plus tard le 30 septembre de l'année suivante, il doit vous transmettre le détail des charges, impôts et taxes de l'année écoulée. C'est le moment de vérifier que ce qu'on vous a prélevé en provisions correspond à la réalité, et de demander un remboursement si vous avez trop versé.
Le programme de travaux triennal
À la signature, puis tous les 3 ans dans les 2 mois de chaque échéance triennale, le bailleur doit vous communiquer un budget prévisionnel des travaux envisagés pour les 3 ans à venir et un récapitulatif chiffré des travaux réalisés sur les 3 ans passés. Vous savez donc à l'avance si une rénovation de façade ou un ravalement se profile, et qui le paiera.
Ces documents comptent aussi pour la suite de votre bail : un historique de charges propre et documenté pèse dans les discussions au moment du renouvellement du bail et de l'indemnité d'éviction.
Pour aller plus loin
- Article 606 : qui paie les gros travaux du bail ? : le détail des grosses réparations qui restent au bailleur
- Bail commercial 3-6-9 : durée, résiliation, renouvellement : le fonctionnement complet du contrat qui encadre vos charges
- Négocier le loyer de son local commercial : franchise, paliers et clauses à discuter en même temps que l'inventaire des charges
- Taux d'effort : calculer le juste loyer de votre local : intégrer les charges dans votre budget d'occupation
- Indexation du loyer commercial : ILC et révision triennale : comment le loyer évolue pendant que les charges suivent leur propre logique
- Glossaire immobilier commercial : CET, TEOM, article 606, provisions, toutes les définitions
Sources
Bail commercial : charges et dépenses du locataire et du bailleur, Service Public Entreprendre, Article L145-40-2 du Code de commerce, Légifrance, Charges locatives, impôts, taxes, redevances et travaux (articles R145-35 à R145-37), Légifrance
FAQ : charges du bail commercial
La taxe foncière peut-elle être refacturée au locataire ?
Oui, c'est légal et très fréquent, mais uniquement si le bail le prévoit expressément dans l'inventaire des charges. Sans clause explicite, elle reste à la charge du bailleur.
Quelles charges sont récupérables sur le locataire d'un local commercial ?
L'entretien courant, les réparations locatives, les consommations d'énergie, la TEOM, la quote-part de charges communes au prorata de la surface exploitée et, si le bail le prévoit, la taxe foncière.
Que faire si mon bail ne contient pas d'inventaire des charges ?
L'inventaire est obligatoire pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 1er septembre 2014. En son absence, les refacturations sont contestables. Faites relire le bail par un avocat spécialisé avant d'engager toute démarche.
Qu'est-ce qu'une charge réputée non écrite ?
C'est une clause qui impute au locataire une dépense que la loi réserve au bailleur (gros travaux de l'article 606, CET, honoraires de gestion). Même signée, elle est sans effet : vous pouvez refuser de payer et réclamer les sommes versées.
Le bailleur ne m'envoie pas l'état récapitulatif des charges, que faire ?
Il doit vous le transmettre au plus tard le 30 septembre de l'année suivante. Réclamez-le par lettre recommandée : sans justificatif, les provisions appelées sont contestables et vous pouvez en demander la régularisation.
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