Commerce pillé ou dégradé : qui paie quoi ? 🛡️
Publié le · 8 min
Par Antoine Amant, Cofondateur & CEO, 10 ans dans l'immobilier professionnel et le conseil
Après un pillage ou une dégradation, le commerçant sécurise le local, photographie avant de nettoyer, porte plainte puis déclare le sinistre à son assureur, souvent sous 5 jours, parfois 2 jours ouvrés pour un vol. Les dommages relèvent de la garantie émeutes et mouvements populaires si le contrat la prévoit. Le bailleur reste tenu de ses obligations de réparation, le loyer reste dû en principe, et l'État peut être tenu de payer ce que l'assurance n'indemnise pas.
🎓 L'essentiel à retenir
- D'abord : Sécuriser le local, photographier avant de nettoyer, déposer plainte, puis déclarer le sinistre à l'assureur au plus vite. Selon France Assureurs, les contrats prévoient généralement 5 jours. Pour un vol, la loi permet au contrat de l'abaisser à 2 jours ouvrés
- Assurance : Les dommages aux commerces relèvent de la garantie « émeutes et mouvements populaires », présente dans la plupart des contrats selon France Assureurs. La perte d'exploitation est facultative : lisez vos conditions
- Propriétaire : Il garde des obligations d'entretien et de réparation (articles 1719 et 1720 du Code civil). Ce qui est à sa charge ou à la vôtre dépend de votre bail
- Loyer : Il reste dû en principe. Il peut parfois être réduit ou suspendu, mais rien n'est automatique : écrivez au bailleur et trouvez un accord par écrit
- État : Il peut être civilement responsable des dégâts causés par des attroupements (article L211-10 du Code de la sécurité intérieure). C'est surtout un recours pour ce que l'assurance n'indemnise pas
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Une vitrine brisée, un rideau forcé, un stock emporté : quand son commerce est pillé ou dégradé, après des émeutes, une manifestation qui dégénère ou un acte de vandalisme, on est d'abord sonné, avant d'être en colère.
Cet article n'a qu'un but : vous aider à comprendre qui paie quoi et dans quel ordre agir, sans dramatiser. Il donne des repères généraux, tirés de sources citées en bas de page. Votre contrat d'assurance et votre bail restent la référence : ce sont eux qu'il faut relire en premier.
Fiche technique : commerce pillé ou dégradé, qui supporte quoi ?
| Élément endommagé | Qui le prend en charge en principe | À vérifier |
|---|---|---|
| Marchandises volées ou abîmées | Le locataire, via son assurance (vol, vandalisme, émeutes) | Plafonds, franchise, preuves de la valeur du stock |
| Matériel, mobilier, agencements | Le locataire, via son assurance | Valeur à neuf ou valeur d'usage, selon le contrat |
| Vitrine, rideau métallique, façade | Selon le bail : bailleur ou locataire | Clause de répartition des travaux et des assurances |
| Structure, toiture, gros œuvre | Le bailleur, via l'assurance de l'immeuble si elle couvre les émeutes | Clauses du bail, article 606 du Code civil |
| Perte de chiffre d'affaires | Le locataire, uniquement si la garantie perte d'exploitation a été souscrite | Durée d'indemnisation, franchise en jours |
| Franchise, plafonds, pertes non assurées | Le sinistré | Possibilité de recours contre l'État |
Que faire dans les 48 premières heures ?
D'abord, respirez. Quelques gestes simples, dans le bon ordre, protègent l'essentiel de vos droits. 🙂
- Sécurisez les lieux. Fermez ou protégez ce qui peut l'être (planches, rideau, vitrier d'urgence) pour éviter une aggravation du sinistre. Gardez les factures.
- Documentez avant de nettoyer. Photos et vidéos datées de la vitrine, du sol, des rayons, de la caisse, du matériel détruit. Notez l'heure, la rue, ce que vous avez constaté. Si vous avez des caméras, conservez les enregistrements sans attendre. Selon un cabinet d'avocats, un constat par un commissaire de justice avant le nettoyage est un bon réflexe quand les dégâts sont importants.
- Déposez plainte. France Assureurs rappelle que la plainte vient avant la déclaration à l'assureur. Pour une infraction contre des biens dont l'auteur est inconnu, elle peut être déposée en ligne sur le site Ma Sécurité, avec une identification FranceConnect. En cas de blocage, déposez-la au commissariat ou à la gendarmerie. Décrivez les faits tels que vous les avez vus plutôt que des qualifications : un cabinet d'avocats conseille d'éviter des formules comme « casseurs organisés » dans les documents, car ce vocabulaire peut être repris pour contester un recours.
- Déclarez le sinistre à l'assureur, par écrit. Selon France Assureurs, les contrats prévoient généralement cinq jours à compter de la connaissance du sinistre. La loi (article L113-2 du Code des assurances) interdit un délai inférieur à cinq jours ouvrés, ou deux pour un vol, et certains assureurs appliquent aussi ce délai au vandalisme (source : Groupama). Le délai exact est dans votre contrat. Un retard ne vous prive de la garantie que si l'assureur prouve qu'il lui a causé un préjudice. Demandez par écrit une avance sur indemnité : l'assureur n'est pas tenu de l'accorder, mais la demande ne coûte rien.
- Prévenez votre bailleur, par écrit. Un message avec photos, puis un courrier recommandé. Sans polémique : vous l'informez du sinistre et vous lui demandez ses intentions (assurance de l'immeuble, calendrier des réparations).
- Appuyez-vous sur les relais locaux. Après des événements de grande ampleur, des cellules d'urgence peuvent être mises en place par les mairies, les préfectures ou les CCI pour aider les commerçants dans leurs démarches administratives et d'assurance. Renseignez-vous auprès de la CCI de votre département et de votre mairie, et demandez s'il existe des dispositifs d'aide ouverts.
💡 L'astuce d'Almo : gardez un dossier unique (photos, plainte, échanges, devis, factures, chiffre d'affaires des mois comparables de l'an dernier). C'est la qualité du dossier qui accélère le traitement, pas le nombre de courriers.
Votre assurance paiera-t-elle en cas de pillage ou d'émeutes ?
Votre assurance couvre un pillage si votre contrat inclut la garantie « émeutes et mouvements populaires ». C'est votre premier interlocuteur.
Le Code des assurances (article L121-8) écarte par défaut les dommages causés par les émeutes ou mouvements populaires, sauf si le contrat prévoit cette garantie. En pratique, France Assureurs indique que la garantie « émeutes et mouvements populaires » est présente dans la plupart des contrats. Les dommages sont alors indemnisés selon les niveaux que vous avez souscrits : incendie, vol, bris de glace, autres dégradations. Vérifiez donc que cette mention figure bien dans vos conditions générales ou particulières. Si votre contrat exclut les émeutes, c'est à l'assureur de prouver que le dommage en résulte (article L121-8).
La perte d'exploitation est facultative. Quand elle a été souscrite, elle couvre la perte de marge brute due à une fermeture totale ou partielle, si le dommage relève de la garantie émeutes. Si vous ne l'avez pas, ne cherchez pas à tout prix à la faire jouer : parlez-en à votre assureur, puis voyez plus bas le recours possible contre l'État.
💡 L'avis d'Almo : une garantie émeutes obligatoire a été votée (articles L12-11-1 et suivants du Code des assurances, créés par la loi de finances pour 2026). Elle n'est pas encore applicable : elle entrera en vigueur à une date fixée par décret, après le feu vert de la Commission européenne. En attendant, c'est votre contrat actuel qui s'applique. Demandez à votre assureur s'il a changé ou va changer.
Enfin, la franchise reste à votre charge, et l'indemnisation des locaux et du matériel dépend du mode choisi (valeur à neuf ou valeur d'usage). Pour tout ce qui reste à votre charge, voyez le recours contre l'État.
Attention, un acte de vandalisme isolé, commis par une ou deux personnes, ne relève ni de la garantie émeutes ni du recours contre l'État, qui suppose un attroupement. Il dépend de vos garanties vandalisme ou vol : certains contrats ne couvrent le vandalisme qu'à travers la garantie vol.
Que doit faire le propriétaire ?
Le bailleur a des obligations légales : délivrer un local utilisable pour l'activité prévue au bail, l'entretenir et effectuer les réparations qui ne sont pas à la charge du locataire (articles 1719 et 1720 du Code civil). Selon un cabinet d'avocats, ne pas être responsable du sinistre ne le dispense pas de ces obligations tant que le bail continue. En revanche, il n'a pas à vous garantir du trouble causé par les pilleurs eux-mêmes (article 1725 du Code civil).
Concrètement, la structure, la toiture ou le gros œuvre relèvent le plus souvent de lui, avec l'assurance de l'immeuble. Pour la devanture, le rideau ou les vitrages, tout dépend de ce que dit votre bail. Notre guide sur l'article 606 et les gros travaux pose les bases, et celui sur les charges du bail commercial vous aide à repérer ce qui vous est refacturé.
✨ La conviction d'Almo : bailleur et locataire ont généralement intérêt à ce que le commerce rouvre vite. Une discussion calme, appuyée sur un dossier clair, vaut mieux qu'un bras de fer.
Faut-il continuer à payer son loyer ?
Le bail continue, donc le loyer reste dû en principe. Il n'existe pas de règle qui l'arrête automatiquement parce que le local est dégradé. Le droit prévoit toutefois des situations particulières, présentées ici à titre général :
- Si le local est détruit en totalité par cas fortuit, c'est-à-dire sans faute du bailleur ni du locataire (ce que le juge apprécie au cas par cas), le bail est résilié de plein droit, sans indemnité de part et d'autre (article 1722 du Code civil). Si la destruction est partielle, le locataire peut demander une diminution du loyer ou la résiliation, selon les circonstances. Selon un cabinet d'avocats, ces situations supposent que le local soit devenu impropre à son usage : de simples réparations importantes ne suffisent pas.
- Si le local est inutilisable pour votre activité et que le bailleur, une fois en mesure d'agir, ne répare pas, le locataire peut dans certains cas invoquer l'« exception d'inexécution » pour suspendre tout ou partie du loyer pendant cette période. La seule baisse du chiffre d'affaires ne suffit pas, et il faut pouvoir dater les obstacles aux travaux.
- Si les travaux du bailleur durent plus de 21 jours, l'article 1724 du Code civil prévoit une baisse du loyer proportionnelle à leur durée. Beaucoup de baux commerciaux écartent cette règle : vérifiez le vôtre.
- Cesser de payer sans accord comporte un risque : le bailleur peut adresser un commandement de payer visant la clause résolutoire, ce qui est sérieux. Ne le laissez jamais sans réponse.
Dans le doute, ne suspendez pas le paiement de votre propre initiative. La voie la plus sûre consiste à écrire au bailleur et à proposer un aménagement temporaire, mis par écrit : report de loyer, franchise de loyer pendant la durée des travaux, ou loyer réduit pendant la remise en état. Notre guide pour négocier le loyer d'un local commercial donne des arguments utiles.
💡 L'avis d'Almo : si le désaccord persiste, un avocat en droit des baux commerciaux est le bon interlocuteur. C'est un sujet où chaque bail est différent. 🤝
L'État peut-il être tenu de payer après des pillages ou des dégradations ?
Oui : l'État peut indemniser un commerçant pillé, surtout pour ce que son assurance ne couvre pas. L'article L211-10 du Code de la sécurité intérieure prévoit que l'État est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou des rassemblements. Vous n'avez pas à prouver une faute de l'État.
Selon Eurojuris, trois conditions sont à réunir : un crime ou un délit commis à force ouverte ou par violence, un attroupement ou un rassemblement, et un lien direct entre les deux. Le Conseil d'État écarte ce régime lorsque les dégâts viennent d'une action préméditée, organisée par un groupe structuré à seule fin de les commettre, et non d'une action spontanée liée à l'attroupement (CE, 28 octobre 2022, n° 451659). Les préfectures invoquent souvent cet argument. Les preuves (photos, horaires, vidéos, plainte) comptent donc. C'est le juge administratif qui applique ce régime.
Avant de saisir le tribunal administratif, adressez une demande chiffrée au préfet du département : c'est obligatoire (article R421-1 du Code de justice administrative). Sans réponse sous deux mois, elle est rejetée, et vous avez en principe deux mois pour saisir le tribunal. La prescription est de quatre ans à partir du 1er janvier de l'année qui suit celle des dommages (loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968), et toute réclamation écrite à l'administration l'interrompt. Renseignez-vous aussi auprès de votre assureur, qui peut agir contre l'État à votre place pour ce qu'il vous a indemnisé (on parle de subrogation).
Dernier recours, si vous exercez en nom propre avec des revenus modestes et restez sans indemnisation suffisante : la CIVI (commission d'indemnisation des victimes d'infractions, article 706-14 du Code de procédure pénale) peut verser une indemnité plafonnée, sous conditions strictes, dans les trois ans suivant les faits.
Si le local est inutilisable après un pillage, ou si vous devez le quitter
Certains locaux ne pourront pas rouvrir rapidement. Plusieurs pistes existent, à examiner avec votre assureur et, si besoin, un professionnel du droit :
- Attendre la remise en état, en négociant avec le bailleur un aménagement du loyer pendant les travaux.
- Quitter le local si le bail prend fin ou si un accord amiable est trouvé. Regardez ce que prévoient votre droit au bail et votre fonds de commerce avant de partir : ils peuvent conserver une valeur.
- Trouver un nouveau local, provisoire ou définitif. On cherche alors vite, parfois sous contrainte. Notre guide pour trouver un local commercial vous aide à poser un cadre, et celui sur le pas-de-porte et le droit au bail à comprendre ce qu'on vous demandera à l'entrée.
Ne signez rien dans l'urgence sans vérifier que le nouveau local correspond à votre activité (clause de destination, surface, accès, charges). Les spécialistes de l'immobilier commercial sont là pour cela : c'est leur métier, et ils peuvent vous faire gagner du temps quand vous en manquez.
Pour aller plus loin
- Bail commercial 3-6-9 : durée, résiliation, renouvellement : durée, résiliation, clause résolutoire
- Article 606 et gros travaux : qui répare quoi
- Charges du bail commercial : ce qui vous est refacturé
- Négocier le loyer de son local commercial : obtenir un aménagement temporaire
- Pas-de-porte vs Droit au bail : ne vous trompez pas de chèque : comprendre ce qu'on paie à l'entrée
- Trouver un local commercial : la méthode du cahier des charges
- Glossaire immobilier commercial : clause résolutoire et tous les termes expliqués
Sources
L'indemnisation des dégâts matériels provoqués par des violences urbaines, France Assureurs, Article L121-8 du Code des assurances (émeutes et mouvements populaires), Légifrance, Code des assurances, chapitre sur l'assurance des dommages résultant d'émeutes (loi de finances pour 2026), Légifrance, Article L113-2 du Code des assurances (délai de déclaration), Légifrance, Article 1722 du Code civil (destruction de la chose louée), Légifrance, Article L211-10 du Code de la sécurité intérieure, Légifrance, Conseil d'État, 28 octobre 2022, n° 451659 (responsabilité de l'État, attroupements), Porter plainte, Service Public, Quels délais respecter pour une déclaration de sinistre ?, Groupama, Responsabilité sans faute de l'État du fait des dégradations lors d'attroupements, Eurojuris, Commerce pillé pendant une manifestation : ce que paie l'assurance, ce que paie l'État, Simonnet Avocat, Loyer commercial après un sinistre, Le Bouard Avocats
FAQ : commerce pillé ou dégradé
Dois-je continuer à payer mon loyer si mon commerce a été pillé ou dégradé ?
En principe oui, tant que le bail continue. La loi prévoit des cas particuliers (destruction totale ou partielle, local inutilisable alors que le bailleur peut réparer). Rien n'est automatique. Proposez par écrit un aménagement au bailleur et consultez un avocat avant de suspendre un paiement.
Qui répare la vitrine ou le rideau métallique après une casse ?
Cela dépend de votre bail. Le gros œuvre relève le plus souvent du bailleur, tandis que la devanture, les vitrages et le rideau peuvent être à la charge du locataire selon la clause de répartition. Vérifiez votre bail et votre assurance.
Combien de temps ai-je pour déclarer un pillage ou du vandalisme à mon assureur ?
Selon France Assureurs, les contrats prévoient généralement cinq jours, après le dépôt de plainte. Pour un vol, ce qu'est un pillage, le contrat peut l'abaisser à deux jours ouvrés. Vérifiez le vôtre et déclarez le plus tôt possible.
Mon assurance couvre-t-elle les dégâts causés par des émeutes ?
Oui si votre contrat inclut la garantie « émeutes et mouvements populaires », présente dans la plupart des contrats selon France Assureurs. Sans elle, le Code des assurances exclut ces dommages. La perte d'exploitation n'est couverte que si vous l'avez souscrite.
Peut-on se faire indemniser par l'État après un pillage ?
Oui, sous conditions : un crime ou un délit commis avec violence par un attroupement ou un rassemblement, et non par un groupe organisé dans ce seul but (article L211-10 du Code de la sécurité intérieure). Aucune faute de l'État n'est à prouver.
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